« 22 juillet 1870 » [source : BnF, Mss, NAF 16391, f. 199], transcr. Anne-Estelle Baco, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.10443, page consultée le 03 mai 2026.
Guernesey, 22 juillet, [18]70, vendredi matin, 6 h.
Bonjour, mon cher grand bien-aimé. Comment as-tu passé la nuit ? Bonne, n’est-ce pas ? Moi j’ai décidément mal à une grosse dent. Il faudra que je la fasse arracher le plus tôt possible pour me débarrasser de ce mal hargneux et agaçant. C’est une bonne, généreuse et pieuse idée que tu as euea hier de faire appel aux femmes de Guernesey, c’est-à-dire du monde entier, car ta voix porte aux extrémités les plus reculées de la terre, en faveur des blessés, hélas ! trop certains, français et prussiens1. Pour ma part, je donnerai tout le vieux linge que j’ai, y compris celui qui t’a servi dans ton anthrax2. C’est à ces dames à faire à Hauteville3 le plus de charpie qu’elles pourront. Moi-même je m’y emploierai de tout mon cœur, mais le soin de tes hôtes ne me laisse guère le temps de faire autre chose4. Enfin je ferai ce que je pourrai. Le temps est toujours brouillardeux et trop chaud, pour moi, du moins. Qu’en dit Petit Georges et qu’en pense Petite Jeanne ? Moi je sais que je vous adore Tous, Tous, Tous !!!
1 Actes et Paroles, Pendant l’exil, 1870 « X. La Guerre en Europe », Aux Femmes de Guernesey : « Mesdames, quel carnage ! quel choc de tous ces infortunés combattants ! Permettez-moi de vous adresser une prière. Puisque ces aveugles oublient qu’ils sont frères, soyez leurs sœurs, venez-leur en aide, faites de la charpie. Tout le vieux linge de nos maisons, qui ici ne sert à rien, peut là-bas sauver la vie à des blessés. Toutes les femmes de ce pays s’employant à cette œuvre fraternelle, ce sera beau ; ce sera un grand exemple et un grand bienfait. Les hommes font le mal, vous femmes, faites le remède ; et puisque sur cette terre il y a de mauvais anges, soyez les bons. »
2 En Juillet 1858, Victor Hugo a failli mourir d’un anthrax.
3 Nom de la maison de Victor Hugo à Guernesey. Juliette fait référence aux servantes de Hugo.
4 Depuis le 11 juillet, la famille de Victor Hugo – Charles Hugo, sa femme Alice Lehaene et leurs deux enfants Jeanne et Georges – ainsi que leurs amis – M. et Mme Duverdier, leur fille Marguerite, Miss Joss et M. Busnach – sont à Guernesey.
a « eu ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
ils rentrent en France après la chute de l’Empire, et connaissent les rigueurs du siège de Paris.
- 2 févrierReprise de Lucrèce Borgia.
- 10 aoûtArrivée de Louis Koch à Guernesey.
- 15 aoûtJuliette Drouet, Victor Hugo, Charles Hugo, sa femme Alice et leurs enfants quittent Guernesey pour Bruxelles.
- 5 septembreJuliette Drouet et Victor Hugo rentrent en France, à Paris. Hugo loge chez les Meurice, 5 rue Frochot.
- 26 septembreJuliette s’installe au pavillon de Rohan, 172 rue de Rivoli, où loge déjà Charles Hugo.
- 20 octobreLes Châtiments (nouvelle édition augmentée) paraissent en France.
